21 sept. 2010

Une question simple...

Ca fait un moment que ça me taraude, alors je vous fais partager cette interrogation qui m'agace.

A force de discuter politique à tour de bras avec tout le monde, j'en suis venu à une sorte de cul de sac, et je fais appel à vous pour m'en sortir.


"Quelqu'un peut-il me dire quelles sont les valeurs de cette droite de gouvernement que la France (sup)porte aujourd'hui ?"

Merci de votre attention.

9 juin 2010

Quand l’actu part en couille autour de la liberté d’expression

Ce mardi 8 juin, les journalistes nous montrent combien la liberté d’expression est une question qui les préoccupe, mais également que cette notion se révèle être une variable (très) changeante.

Alors qu’on pensait les positions franches et tranchées, voilà que le baromètre de la liberté d’expression vacille, s’enflamme, et part complètement en cacahuète.

L’histoire, le scandale Porte en est à l’origine. Didier Porte, journaliste humoriste officiant à France Inter depuis 10 ans (et depuis 4 ans en quotidienne), et possédant une chronique tous les jeudis à 8 heures moins 5, fait l’objet d’une cabale.
Jeudi 20 mai, le sieur Porte a prononcé les mots “J’encule Sarkozy” à plusieurs reprises, ce qui lui a valu un entretien avec son patron, Philippe Val, qui s’est déjà illustré depuis qu’il dirige la radio publique par des décisions pour le moins étranges (l’homme est un ami de la première dame, ce qui ne sous entend rien, mais constitue un fait qui mérite d’être porté à la connaissance des gens). Aujourd’hui, Didier Porte risque d’être licencié de France Inter, et de perdre au passage ses chroniques quotidiennes au Fou du Roi de Stéphane Bern.

Philippe Val reproche en effet à l’humoriste l’emploi du mot “encule”, terme qui ne conviendrait pas d’être dit à cette heure de grande écoute, que les enfants chastes risquent d’entendre, et qui risquent d’en être choqués. Transformés à vie. Val n’avance aucunement le fait que Sarkozy soit l’objet de cet acte répréhensible dans certains Etats américains.

On pourrait objecter au directeur que ce n’est pas la première fois que des mots grossiers sont prononcés au cours de cette tranche horaire, et qu’ils n’ont jusqu’alors jamais fait l’objet de tant d’attention, ou encore que l’on pouvait lire d’autres de ces mots dans Charlie Hebdo et qu’un enfant pouvait les lire aussi, ou encore que la tranche matinale a réservé bien des fois des horreurs à entendre dont personne n’a trouvé légitime de relever le caractère choquant ou dégradant pour des gens dotés d’un cerveau.

L’argument, recevable, s’avère bancal et ne résiste pas bien à sa remise en contexte. Sans préciser, fallacieusement il est vrai, qu’un enfant de 8 ans n’a besoin de personne pour connaître ce genre de mots.

Et puis, jeudi soir, soit 2 semaines après les faits en question, l’équipe de la matinale de France Inter, composée notamment de Nicolas Demorand, Bernard Guetta et Thomas Legrand, d’éminents journalistes aux cheveux grisonnants pour les 2 derniers, est invitée sur le plateau de Michel Denisot, le grand journal (Nicolas Demorand a annoncé son intention de ne pas continuer d'animer la matinale).

On y diffuse la vidéo en question, montrant Didier Porte en pleine action, et on demande leur avis aux invités. S’ensuit alors de la part des 3 journalistes un véritable choeur d’indignation choquée, outrée, conspuant les propos de leur collègue et leur collègue au passage.

On reproche souvent aux journalistes et à ceux de la matinale d’Inter en particulier leur corporatisme prompt en toutes circonstances à défendre l’un des leurs contre l’indéfendable. Et là, on s’offusquerait du contraire ?

C’est à dire que ces journalistes ont chacun à leur façon détruit un collègue absent, lui plantant dans le dos un poignad de lâcheté sous couvert de correction et de déontologie.

Demorand, rarement fort avec les faibles mais souvent faible avec les forts, a expliqué que cette chronique de Didier Porte n’était pas drôle et que ce n’était pas comme ça qu’il aimait la radio (en gros).

Bernard Guetta, europhile convaincu et objectif à l’occasion, a enfoncé le clou(ou le poignard en l’occurrence), jugeant "inconcevable" le verbe de son comparse.
Thomas Legrand, qui s’imagine grand analyste de l’action politique (il est l’auteur du petit livre "ce n’est rien qu’un président qui nous fait perdre du temps", au demeurant intéressant mais qui apparaît particulièrement perché) et de la pensée critique (Cf. l’article de rue89) a porté le dernier coup.

Du moins le pensait-on.
Car le journaliste Legrand s’est ensuite répandu sur le site Rue89. Il raconte comment il s’est senti piégé par Didier Porte et démontre que celui-ci a franchit les limites. Les limites de la liberté d’expression ? Legrand affirme qu’il ne sait pas où placent ces limites mais assure tout de même que Didier Porte les a franchies. Et cette chronique était de plus, et c’est un comble, pas drôle, ajoute t-il.
Alors, Thomas Legrand semble définir à la fois ce qui est drôle et ce qui ne l’est pas, ce qui peut être dit et ce qui ne peut pas l’être. Sans toutefois oser l’argument de l’enfant qui entendrait le mot “encule” comme quelque chose d’impardonnable à la radio. Ouf. La liberté d’expression ne vaut que si elle est drôle selon les termes définis par la bienpensance donc.

Attendez, c’est pas fini.
Non, parce qu’il faut relever que Rue89 publie un article violent à l’encontre d’un journaliste. Cet article, ce "témoignage" de Thomas Legrand. Et Pascal Riché, rédacteur en chef de Rue89, en fait la promotion sur sa page Facebok (Cf. image). Or, quelques semaines auparavant, le même Pascal Riché s’est fendu d’un commentaire particulièrement déroutant à l’encontre de Didier Porte, depuis son compte Twitter : "Qu’on vire Didier Porte, pas drôle et insupportablement autocentré ! #F-inter".



Où se situe la morale dans le journaliste qui jubile de voir ses rêves exaucés et utilise son journal pour y parvenir ? Non que Rue89 n’aie pas le droit de diffuser une chronique subjective à charge contre une personne peu estimée par son rédacteur en chef, mais que ce rédacteur en chef n’utilise pas la puissance publique de sa parole pour dire des saloperies sur les autres, dont il peut par la suite être amené à parler, en tout bien tout honneur bien entendu. Ca laisse comme un goût âpre dans la bouche. Ici n'est pas remise en cause la légitimité de publier quoi que ce soit, ou de penser quoi que ce soit à propos de qui que ce soit, mais il s'agit bien de la légitimité d'un patron de presse de publier sur son site journalistique un papier qui n'a rien d'un article de journaliste, mais tout d'un billet d'humeur de blog, et qui corrobore parfaitement la pensée de son patron. Lorsque Colombani ou Fotorino font l'éloge du gouvernement, on leur tombe dessus, ici, le problème est le même.



 C’est un renversement. Et ce n’est pas terminé.

Que penser en effet du site lemonde.fr qui, toujours sur le sujet de la liberté d’expression, expose la lutte que se livrent les partisants d’un Internet libre et ceux d’un contrôle de ce dernier à des fins policières, en qualifiant les protagonistes antagonistes d’Opaques et de transparents, avec toute l’imagerie que ces termes véhiculent aujourd’hui et sans revenir sur ces conotations  ?
Dépolitiser le débat grâce à la puissance de frappe de sa parole pour éviter d’aborder et de faire face aux frais enjeux, cela s’appelle mentir. Et c’est mal.
Et encore, que penser d’une entreprise qui produit des chiffres et des conclusions indubitablement fausses et invérifiables, sur la base d’extrapolations hors la réalité pour faire passer un message ? Pourquoi ces journalistes, si prompts à juger et à rétablir l’ordre juste d’une expression libérée mais pas trop ne s’accaparent pas d’un tel sujet ? Numerama le fait, mais la pressque quotidienne nationale s’en garde bien. Pour quelle raison ?

Enfin, il est amusant de constater la véhémence de la défense de Philippe Val qui se fait attaquer vis-à-vis de Charlie Hebdo et de la parution des caricatures de Mahomet, et de la comparer au cas de Brice Hortefeux.
Alors, humour ou racisme ? Ou se situe le curseur ?

A bon entendeur...


PS : Ce billet ne sous entend aucun complot contre Porte ou qui que ce soit. Il relate simplement des faits qui s’imbriquent les uns dans les autres, et met en lumière la façon bizarre qu’ont les gens de presse de faire la morale et de ne jamais suivre leurs propres conseils.

Enfin, il serait de bon ton que les penseurs de l'actualité opèrent une distinction entre grossièreté et vulgarité, dans leur débat sur la liberté d'expression. Encule, c'est grossier, "Karachi, c'est la douleur des victimes, des trucs comme ça", c'est vulgaire.

2 juin 2010

Karachi, l'affaire d'Etat. Le livre révélation. Indispensable.

Il vient de sortir en dépit des tentatives menées pour l'en empêcher.

Le contrat : Karachi, l'affaire que Sarkozy voudrait oublier raconte l'enquête que deux journalistes de Mediapart, Fabrice Arfi et Fabrice Lhomme ont menée autour du contrat Agosta (vente de trois sous-marins au Pakistan dans les années 90) et de l'attentat de Karachi, qui a coûté la vie à onze employés de la DCN (direction des constructions navales, entreprise qui a travaillé sur les sous-marins Agosta notamment).

En remontant le fil chronologique jusqu'aux négociations de ce contrat, dont on sait qu'il a été un gouffre financier pour la France, les journalistes démontent tous les rouages qui ont joué dans cette tragédie, et cherchent à comprendre ce qui s'est passé réellement. Pourquoi la piste d'Al Qaïda, écartée dès les débuts de l'enqûete par bien des enquêteurs, est demeurée le fil conducteur du travail du juge Bruguière ? Pourquoi les autres pistes, aujourd'hui au centre de l'affaire depuis sa reprise par le juge Trévidic n'ont pas été suivies ?

Les auteurs ont rencontré beaucoup d'acteurs de cette affaire internationale aux relents particulièrement nauséabonds. Des milliards ont été joués dans cette histoire. Certains ont renforcé un capital bien garni sur le dos des contribuables. Des noms comme Pasqua, Squarcini, mais également De Villepin, ou encore Balladur, soupçonné d'avoir bénéficié d'une partie de l'argent de ce contrat pour financer sa campagne présidentielle en 1995 sont évoqués. Les nombreux entretiens étayent l'enquête et les dessous de cette histoire.

On trouve également le nom de Sarkozy, ministre du budget puis directeur de la campagne de Balladur à l'époque.

Agents secrets, secrets d'état, menaces, chantage, politiques, tout y passe. On se croirait dans un film ou un roman d'espionnage. Sauf qu'ici tout est vrai.

Écrit à la hâte, cet ouvrage contient toutefois quelques coquilles (fautes de frappe, erreurs de références), mais rien de bien méchant, rien qui empêche de s'y plonger. Il demeure bien écrit, passionnant, édifiant, voire choquant.

A lire pour comprendre ce qui se passe à la tête de l'Etat, pourquoi il ne faut pas supprimer le juge d'instruction, pourquoi les politiques perdent la confiance des citoyens, pourquoi il faut exiger la transparence de la part des gouvernants, etc.
Il pointe entre autres du doigt certaines aberrations, comme le fait que ce genre de malversations, quand bien même elles seraient condamnées, n'ouvrent de peines que ridicules.

Tout récemment, des preuves ont révélé que la tête de l'exécutif français était bien impliquée dans l'histoire et en savait bien plus long que ce qu'on pouvait croire. Pourquoi la presse n'en parle pas ? Pourquoi la télévision ne se fait pas l'écho de la vérité ? Toutes les clés nécessaires à la compréhension de ce scandale d'Etat se trouvent dans cette enquête, didactique et exhaustive.

Ce livre est à lire d'urgence.


On le trouve un peu partout. Sur le site de la Fnac, Amazon, Sauramps, etc.

24 avr. 2010

Ce que l’affaire Zahia D. révèle de l’état des journalistes

Nombrilisme et décadence.


Il y a quelques jours, la presse, par le biais notamment du site Lemonde.fr, révélait que 3 joueurs de football français étaient entendus par la police pour des parties de jambes en l’air avec une prostituée alors mineure au moment des faits (pour au moins l’un d’entre eux).

Cette histoire a fait jaser.
D’abord, la presse s’est emparée du désarroi du peuple vis-à-vis d’une équipe de France déjà passablement amochée par les choix de son entraîneur. La défiance grandit, et il est de bon ton de tirer dans les bras de ceux qui rampent une fois leurs jambes immobilisées.

Et puis le train s’est emballé. Les choses se déroulent sur Twitter, comme il est de bon aloi désormais. Il n’y aura pas de lien dans ce papier, car les noms ne sont pas importants. Peu importe qui a commencé, qui a dit quoi, l’intérêt se situe ailleurs. Ce qui est dit, ce qui est montré s’avère nettement plus parlant.

Alors un journaliste a trouvé la page Facebook de la demoiselle. Ainsi que celle de son frère (ou assimilé pour l’affaire).
A l’origine, ces pages étaient accessibles au public, et dès lors, les liens ont circulé à travers le web. Les photos se sont échangées, les sourires en coin également.

La jeune fille, entendue par les forces de l’ordre, vient d’atteindre la majorité légale. Des photos des statuts de la donzelle du moment passent de tweet en tweet, accompagnés d’humeurs amusées.
Les photos s’enchainent. Il faut dire que la jeune femme a de quoi attirer l’attention. Blonde et généreusement dotée par la nature (on imagine mal des millionnaires payer pour des faveurs sexuelles effectuées par des boudins de toutes façons), elle devient la cible de quolibets faciles. Les profils Facebook ferment, les mises en demeure arrivent, les messages Twitter sont effacés, mais les rires demeurent.

Parallèlement, les journalistes diffusent de manière plus ou moins officielle les photos. Untel l’a fait et c’est mal, alors on le fait aussi pour dénoncer cette attitude qui abaisse la profession, et remplit les pages de publcités au passage. Le CPM augmente. Tout va bien.

Mais dans l’histoire, pas un organe de presse n’a posé la moindre question valable. On est revenu sur les salaires de ladite jeune femme, apparemment mirobolants, et sur le fait que dans sa famille personne ne se soit aperçu de sa fortune. Brillant.
Si la prostitution est autorisée en France, elle ne l’est pas en cas d’acte avec une mineure. D’où les questions de police. Mais à une époque, nous entendions que le football, et les professionnels qui y représentent la France, avaient une responsabilité. Celle, effectivement, de représenter le pays. Par ailleurs, ces mêmes footballeurs ont longtemps été affublés de la lourde tâche de modèles pour la société et pour ses jeunes, à fortiori les moins favorisés.
Certes les questions récentes sur les salaires ont un peu entaché l’aura bienveillante qui leur était accordée, mais l’espoir que fondent des milliers d’enfants dans leurs modèles n’a pas spécialement évolué.
Sur ce point pourtant nul journaliste.

De plus, à l’époque des droits des femmes, la jeune Zahia D. n’est vue que comme une richissime professionnelle du sexe (1 000 à 2 000 € par nuit, pour environ 10 nuits par mois). Ce n’est ni une femme, ni une victime (qui oserait prétendre le contraire, n’est-ce pas ?)
La toujours, le journaliste se trouve ailleurs.

Mais où est-il alors ?

Et bien justement, Twitter nous explique où il chante, et quelles sont les paroles de son prêche.

Exemple : “Elle a le physique de l'emploi”...

Voilà à quoi pensent les journalistes, frustrés et décadents. La jeune fille a la tête de l’emploi. Traduits en français non polissé, les propos donnent “elle a une tête de pute”. Qui l’en blamerait ? Et bien tout le monde. On lui cracherait bien à la gueule même. Et quoi encore, elle va se plaindre ?

Outre qu’un tel propos assimile le physique à la profession, et tend à faire penser qu’une fille à forte poitrine et qui prend soin de son apparence (même à l’extrême) est nécessairement une fille de joie, il n’y a qu’un pas, allègrement franchi par ailleurs. Message pour les filles donc, vous savez ce qu'on doit penser de vous...

Le pire reste à venir : les personnes qui tiennent de tels propos, journalistes de leur état ou aspirant à l’être, n’ont-elles pas une responsabilité vis-à-vis de l’information ? D’une certaine éthique de la profession ? Ou alors la moindre frustration d’une fille ou d'un homme, moche, dont l’activité secondaire est la même que Zahia, mais sans les financements et sans le choix des partenaires, à cause d’un même physique disgracieux, qu’on dénonce chez les autres par pure jalousie, du haut d’un piédestal sur lequel on s’est soi-même posé, de par la fonction qu’on occupe -journaliste, est le nouveau modèle du 5e pouvoir ?

Les mêmes viendront-ils pleurer demain que le peuple ne leur accorde plus la moindre confiance et souhaite les voir disparaître ?