24 avr. 2010

Ce que l’affaire Zahia D. révèle de l’état des journalistes

Nombrilisme et décadence.


Il y a quelques jours, la presse, par le biais notamment du site Lemonde.fr, révélait que 3 joueurs de football français étaient entendus par la police pour des parties de jambes en l’air avec une prostituée alors mineure au moment des faits (pour au moins l’un d’entre eux).

Cette histoire a fait jaser.
D’abord, la presse s’est emparée du désarroi du peuple vis-à-vis d’une équipe de France déjà passablement amochée par les choix de son entraîneur. La défiance grandit, et il est de bon ton de tirer dans les bras de ceux qui rampent une fois leurs jambes immobilisées.

Et puis le train s’est emballé. Les choses se déroulent sur Twitter, comme il est de bon aloi désormais. Il n’y aura pas de lien dans ce papier, car les noms ne sont pas importants. Peu importe qui a commencé, qui a dit quoi, l’intérêt se situe ailleurs. Ce qui est dit, ce qui est montré s’avère nettement plus parlant.

Alors un journaliste a trouvé la page Facebook de la demoiselle. Ainsi que celle de son frère (ou assimilé pour l’affaire).
A l’origine, ces pages étaient accessibles au public, et dès lors, les liens ont circulé à travers le web. Les photos se sont échangées, les sourires en coin également.

La jeune fille, entendue par les forces de l’ordre, vient d’atteindre la majorité légale. Des photos des statuts de la donzelle du moment passent de tweet en tweet, accompagnés d’humeurs amusées.
Les photos s’enchainent. Il faut dire que la jeune femme a de quoi attirer l’attention. Blonde et généreusement dotée par la nature (on imagine mal des millionnaires payer pour des faveurs sexuelles effectuées par des boudins de toutes façons), elle devient la cible de quolibets faciles. Les profils Facebook ferment, les mises en demeure arrivent, les messages Twitter sont effacés, mais les rires demeurent.

Parallèlement, les journalistes diffusent de manière plus ou moins officielle les photos. Untel l’a fait et c’est mal, alors on le fait aussi pour dénoncer cette attitude qui abaisse la profession, et remplit les pages de publcités au passage. Le CPM augmente. Tout va bien.

Mais dans l’histoire, pas un organe de presse n’a posé la moindre question valable. On est revenu sur les salaires de ladite jeune femme, apparemment mirobolants, et sur le fait que dans sa famille personne ne se soit aperçu de sa fortune. Brillant.
Si la prostitution est autorisée en France, elle ne l’est pas en cas d’acte avec une mineure. D’où les questions de police. Mais à une époque, nous entendions que le football, et les professionnels qui y représentent la France, avaient une responsabilité. Celle, effectivement, de représenter le pays. Par ailleurs, ces mêmes footballeurs ont longtemps été affublés de la lourde tâche de modèles pour la société et pour ses jeunes, à fortiori les moins favorisés.
Certes les questions récentes sur les salaires ont un peu entaché l’aura bienveillante qui leur était accordée, mais l’espoir que fondent des milliers d’enfants dans leurs modèles n’a pas spécialement évolué.
Sur ce point pourtant nul journaliste.

De plus, à l’époque des droits des femmes, la jeune Zahia D. n’est vue que comme une richissime professionnelle du sexe (1 000 à 2 000 € par nuit, pour environ 10 nuits par mois). Ce n’est ni une femme, ni une victime (qui oserait prétendre le contraire, n’est-ce pas ?)
La toujours, le journaliste se trouve ailleurs.

Mais où est-il alors ?

Et bien justement, Twitter nous explique où il chante, et quelles sont les paroles de son prêche.

Exemple : “Elle a le physique de l'emploi”...

Voilà à quoi pensent les journalistes, frustrés et décadents. La jeune fille a la tête de l’emploi. Traduits en français non polissé, les propos donnent “elle a une tête de pute”. Qui l’en blamerait ? Et bien tout le monde. On lui cracherait bien à la gueule même. Et quoi encore, elle va se plaindre ?

Outre qu’un tel propos assimile le physique à la profession, et tend à faire penser qu’une fille à forte poitrine et qui prend soin de son apparence (même à l’extrême) est nécessairement une fille de joie, il n’y a qu’un pas, allègrement franchi par ailleurs. Message pour les filles donc, vous savez ce qu'on doit penser de vous...

Le pire reste à venir : les personnes qui tiennent de tels propos, journalistes de leur état ou aspirant à l’être, n’ont-elles pas une responsabilité vis-à-vis de l’information ? D’une certaine éthique de la profession ? Ou alors la moindre frustration d’une fille ou d'un homme, moche, dont l’activité secondaire est la même que Zahia, mais sans les financements et sans le choix des partenaires, à cause d’un même physique disgracieux, qu’on dénonce chez les autres par pure jalousie, du haut d’un piédestal sur lequel on s’est soi-même posé, de par la fonction qu’on occupe -journaliste, est le nouveau modèle du 5e pouvoir ?

Les mêmes viendront-ils pleurer demain que le peuple ne leur accorde plus la moindre confiance et souhaite les voir disparaître ?